La savane cuisait sous un soleil impitoyable. Un lion, le ventre creusé par des jours de disette, errait entre les buissons, l'œil fiévreux et la patience à bout. Faim. Ce mot résonnait dans son crâne comme un tambour de guerre.
Il choisit son poste d'affût avec l'expérience d'un vieux stratège – derrière un fourré épineux, là où l'ombre se faisait complice. Les heures passèrent, lentes et cruelles. Son estomac grondait, mais il tenait bon. Un vrai roi ne chasse pas, il attend son dû.
Et soudain...
Un frémissement.
Un lièvre, jeune et dodu, apparut à quelques bonds de là. Ses oreilles tremblaient au rythme de sa mastication insouciante. Un festin. Le lion retint son souffle. Ses muscles se tendirent, prêts à libérer l'éclair de griffes et de crocs qui allait—
Un remuement plus loin.
Un koudou ! Énorme, majestueux, sa chair promettait des jours de repas. Le lion hésita une fraction de seconde – le temps qu'il faut à un rêve de prendre la place de la réalité.
Il bondit.
Trop tard.
Le koudou, alerté, disparut dans un nuage de poussière. Le lièvre, saisi par la terreur, fila comme une flèche. Le lion atterrit lourdement, les pattes vides, la gueule pleine de poussière.
La leçon lui apparut alors, amère comme la faim qui lui tordait les entrailles :
"Le sage saisit le certain, l'insensé poursuit l'illusion."