Le soleil tapait comme un forgeron sur l’enclume du désert. Deux hommes y marchaient côte à côte, leurs ombres fusionnant dans la lumière aveuglante. Ils portaient la même gourde vide, le même rire éraillé, la même certitude : rien ne pourrait les séparer.
Puis vint la soif.
Elle glissa entre eux comme un serpent, transformant les regards en défis, les silences en reproches. Une discussion banale devint querelle, la querelle devint tempête. Et dans un éclair de colère, l’un des amis leva la main.
Le coup résonna comme un coup de feu dans l’immensité silencieuse.
Puis, aussi vite que la violence était venue, vint la honte.
— "Pardonne-moi", balbutia l’agresseur, la voix ravagée.
L’autre, la joue brûlante, se baissa. Du bout des doigts, il traça dans le sable :
"Mon meilleur ami m’a frappé."
L’Oasis Trompeuse
Quand ils la virent, ils crurent à un mirage : une étendue d’eau paisible, frangée de palmiers. L’ami offensé courut en premier – et le sol se déroba sous ses pieds.
Sables mouvants.
Il enfonça jusqu’à la taille, puis à la poitrine, paralysé par cette étreinte gluante. Son ami, sans hésiter, se jeta à plat ventre, tendant sa ceinture en guise de corde. Les muscles bandés, la bouche pleine de poussière, il lutta contre le désert qui voulait lui voler son frère.
Quand il l’extirpa enfin, ils restèrent un long moment allongés côte à côte, haletants.
Puis l’homme sauvé prit un caillou et grava sur un rocher :
"Mon meilleur ami m’a sauvé la vie."
— "Pourquoi ?" demanda l’autre, désignant tour à tour le message sur le sable et celui sur la pierre.
La réponse vint, portée par le vent chaud :
— "Les blessures doivent s’envoler comme des plumes. Les dettes de sang doivent peser comme des montagnes."