Il était une fois dans les étendues ocre du désert berbère, où le vent chuchote des contes aux dunes, un chacal nommé Klikou. Rusé comme quarante renards, savant comme un vieux taleb, on l'appelait "Oncle Klikou" dans tout le pays des sables.

Ce matin-là, Klikou traquait une gerboise agile qui lui jouait des tours depuis l'aube. Elle bondissait entre les touffes d'alfa, se faufilait sous les pierres - mais le chacal, patient comme la soif du désert, finit par la coincer contre un rocher.

Alors qu'il ouvrait sa gueule victorieuse, la petite proie tremblante lui lança :
— "Ô Klikou le savant ! Connais-tu vraiment les paroles saintes ?"

Le chacal cligna des yeux. Il s'attendait à des cris, pas à un sermon. Intrigué, il recula d'un pas.

— "N'as-tu pas lu dans le Livre Saint qu'il est vil de tuer sans nécessité ?" poursuivit la gerboise, gagnant une petite dune. "Imagines-tu mes petits orphelins pleurant dans leur terrier ? Te souviens-tu de cette femme damnée pour avoir affamé une portée de chatons ?"

Klikou se gratta l'oreille, troublé. Son ventre grondait, mais... cette gerboise était bien maigre. Le Paradis lui paraissait soudain bien loin, l'Enfer bien proche.

— "Crains les flammes éternelles !" tonitrua la gerboise, dressée sur ses pattes arrière. "Le Jugement..."

Fwoosh !

Une ombre fendit le ciel. Le faucon emporta la prédicatrice en un éclair, réduisant au silence ses pieuses exhortations. Klikou resta bouche bée...

CRAC !

Des crocs acérés lui transpercèrent l'échine. La hyène, arrivée en silence par derrière, commençait son festin.

Alors qu'il sentait la vie le quitter, Klikou eut une dernière pensée amère :
— "On ne débat pas avec son dîner dans un désert qui se moque des philosophes... Maudite gerboise... Maudite hyène mécréante... Et maudite soit la morale qui..."