Il aimait cette femme. Il l’aimait fort, autrefois. Elle n’avait pas changé, non… toujours aussi belle, douce, attentive. Pourtant, quelque chose en lui s’était éteint. Il ne comprenait pas. Son cœur battait moins fort, sans raison apparente.

Troublé, il alla voir un vieil ami, marié depuis quarante ans, un homme calme au regard profond, enraciné dans le temps.

« Elle est formidable, mais je ne ressens plus rien… » dit-il, honteux.

Le vieil homme l’écouta sans juger. Puis, sans répondre, il lui tendit un tuyau d’arrosage :
« Aide-moi à arroser ce jardin. »

Étonné, le jeune homme s’exécuta. Mais bientôt, le vieil homme perça un petit trou dans le tuyau. Puis un autre. Et encore un.

« Qu’est-ce que tu fais ? » demanda le jeune, intrigué.

« Regarde bien l’eau », répondit l’autre.

Le jet faiblissait.

« Elle n’atteint plus les racines, hein ? »

Le jeune acquiesça.

Alors le vieil homme conclut, doucement :
« Ce tuyau, c’est ton cœur. Et chaque lien, chaque complicité, chaque flirt masqué que tu entretiens ailleurs… c’est un trou. Ton amour ne meurt pas. Il fuit. »