Un homme se rendit chez son coiffeur attitré pour un rafraîchissement. Comme à son habitude, le coiffeur l'entraîna dans une discussion animée, abordant une variété de sujets avant d'en arriver à un désaccord profond : l'existence de Dieu.
— Vous savez, Monsieur, je ne crois pas que Dieu existe, affirma le coiffeur d'un ton catégorique.
— Vraiment ? demanda le client. J'ai du mal à concevoir votre point de vue. Pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous ne croyez pas que Dieu est l'architecte de ce monde ?
— C'est très simple, répondit le coiffeur en haussant les épaules. Il suffit de regarder autour de nous, d'aller dans la rue. Si Dieu existait, pourquoi y aurait-il tant de gens tristes ? Tant d'enfants abandonnés ? Pourquoi un milliard de personnes mourraient-elles de faim et des millions de civils seraient-ils victimes des guerres ? Si Dieu existait, il ne permettrait pas de telles souffrances.
Le client marqua une pause, réfléchissant. Il aurait pu avancer les arguments habituels : que le mal vient de l'Homme, que Dieu nous a dotés du libre arbitre, ou que le monde moderne a demandé à Dieu de se retirer de nos vies. Mais il avait déjà épuisé ces arguments maintes fois, sans jamais parvenir à faire fléchir son interlocuteur. Il décida alors de changer de tactique.
Au moment où le coiffeur achevait sa coupe, un homme au visage triste, aux cheveux longs et à la barbe désordonnée passa devant le salon. Le client, saisissant cette opportunité, interpella le coiffeur :
— Si vos arguments suffisent à ne pas croire en Dieu, alors ils m'encouragent à penser que les coiffeurs non plus n'existent pas !
— C'est bien différent, rétorqua le coiffeur, amusé. Je suis devant vous, je viens de vous couper les cheveux ! N'est-ce pas une preuve suffisante ?
— Non, répondit le client. Car s'ils existaient vraiment, il n'y aurait pas de gens avec des cheveux si longs et une barbe aussi affreuse !
— Ah, mais les coiffeurs existent bel et bien ! S'ils ont l'air si négligés, c'est tout simplement qu'ils ne viennent pas me voir !
Le client sourit et se leva de sa chaise.
— Vous venez d'évoquer un point fondamental, dit-il. Car voyez-vous, s'il y a autant de souffrance et de peine sur cette planète, c'est à l'image de cet homme : si les gens sont dans la peine, c'est qu'ils ne vont pas vers Dieu et ne le cherchent pas.