La vigne croulait sous l'abondance, ses lourdes grappes pourpres se balançant comme des lustres dans la brise. Deux amis y avaient élu domicile :

  • Grive, dodu et sûr de sa force, dont les ailes froissaient les feuilles avec arrogance

  • Ortolan, menu et vif, qui picorait entre les ombres

Ils burent la douceur de l'été jusqu'à l'ivresse, ignorant les murmures des sarments qui prédisaient l'hiver.

Les hommes vinrent avec leurs paniers. En un clin d'œil, la vigne fut dévêtue. Les deux compères, hier rois de la treille, se retrouvèrent à disputer des pépins secs sur le sol durci.

C'est alors que l'Ortolan repéra la dernière grappe - un bijou oublié, suspendu comme une larme à un cep solitaire.

"Trouvée première, elle est mienne !" pépiait l'Ortolan.
Grive éclata d'un rire gras :
"Chère mite, vois ma taille ! Ton 'droit' tient dans le creux de mon bec !"

D'un coup d'aile brutal, il repoussa le petit oiseau et engloutit la grappe avec voracité... sans remarquer l'ombre qui grandissait derrière lui.

L'épervier fondit comme un éclair. Trop lent alourdi par son butin, Grive n'eut pas le temps de crier. L'Ortolan, resté modeste et alerte, fila entre les ceps - le ventre vide, mais la vie sauve.