Zhang le fou

Zhang le fou

Zhang était un gouverneur de la Chine impériale ; un jour, au sommet de sa gloire, il se demanda pourquoi il devait encore vivre... il avait richesse, honneur, femmes. Toutefois, il n’avait plus aucune capacité de jouissance, plus rien n’éveillait son intérêt, plus rien ne faisait vibrer son âme. Que lui restait-il à conquérir ? Que pouvait-il désirer de plus ? A quoi bon vivre si rien n’est à faire, rien n’est à prendre ? « Oui, la nature humaine est insatiable » se dit-il.

Zhang était également érudit mais il y avait encore une chose qu’il ne connaissait pas : la mort. Pourquoi s’y intéressa-t-il si soudainement ? La raison est que celle-ci est la fin d’un cycle, et que notre personnage concevait la vie comme une figure circulaire, et que nécessairement, la mort et la vie devaient se toucher, comme les deux points d’un même cercle. Zhang voulait donc mourir, c’était là la dernière chose qu’il pouvait encore espérer conquérir. Oui, mais voilà, Zhang avait peur de souffrir. Il voulait mourir mais sans peine, sans douleur ; peut-être était-ce là le signe de sa noble paresse. Quoi qu’il en fût, une de ses concubines lui proposa alors de découvrir les secrets de la mort tout en lui évitant la souffrance, grâce au don de cette jeune femme, Zhang allait pouvoir mourir sans le savoir.

Cette jeune beauté s’appelait Xuemei, Belle-de-Neige, du fait du teint naturellement blanc de sa peau. Elle lui fit entendre sa voix, lui chantant des poèmes, lui proposant des danses lascives... Surtout Xuemei lui parlait comme jamais personne ne l’avait fait auparavant ; par ses poèmes elle touchait son âme, par son érudition elle l’impressionnait, par sa beauté elle l’envoutait. Le gouverneur fut si transi d’amour pour elle, qu’il en oublia son désir de connaître la mort : sa nouvelle obsession était Xuemei, sa confidente, son amie.

Un jour que Zhang fut totalement libéré de tout désir hormis celui de posséder sa bien-aimée, la jeune Xuemei mit un peu de poison dans son repas. C’était un poison discret, fugace, doux comme la rosée. Personne n’aurait pu percevoir son effet mortifère ni par la vue, ni par le goût. Zhang mangea et s’endormit donc, plein de joie près de sa concubine qui le recouvrit d’une chevelure aussi épaisse et sombre que les plumes d’un corbeau. Avant de fermer les yeux, Zhang lui dit alors : « Xuemei, tu m’as redonné envie de vivre. » Il ferma alors ses paupières, pour rêver dans l’éternité.

Commentez cet article