Il suffira de regarder

Il suffira de regarder

— Tu es vieille, mamie. Tu vas bientôt mourir ? Moi, je ne veux pas que tu sois morte. Après, je ne te vois plus et je suis trop triste.

Que répondre à une petite fille de sept ans dont les yeux brillent de larmes, face à l’angoisse de la mort, de la séparation, inévitable, définitive ? Des phrases maladroites peuvent la blesser, l'effrayer. Comment la rassurer ?
Peut-être que...

— Écoute, ma Charlotte, écoute cette histoire venue de mon enfance...

Il existe quelque part dans l’Univers, loin, très loin, plus loin que les étoiles que tu vois briller le soir dans le ciel, un très grand lac, avec de l’eau aussi claire et pure que celle de nos lacs de montagne. Ce lac a donné naissance à une source qui coule en chantonnant sur les cailloux et qui, tout à coup, se sépare en deux petits ruisseaux. C‘est là, près de ces ruisseaux, que vivent les âmes qui attendent de venir habiter dans les corps des bébés qui naissent chaque jour, partout dans le monde. Quand le moment est venu, chacune, avant de partir sur la Terre, doit boire l’eau de ces deux ruisseaux. L’eau d’un ruisseau est celle de l’intelligence, l’eau de l’autre est celle de l’amour. Mais toutes les âmes ne boivent pas la même quantité d’eau, à l’un ou à l’autre ruisseau. Les deux gobelets sont toujours de taille différente. Parfois, une âme reçoit un grand bol pour boire l’eau de l’intelligence et une toute petite tasse pour boire l’eau de l’amour. Ou bien, c’est le contraire. Ainsi, certains bébés deviendront des grandes personnes très intelligentes, qui feront des grandes découvertes, comme, par exemple, les remèdes pour guérir les maladies. D’autres, qui auront bu beaucoup d’eau d’amour, feront beaucoup de bien autour d’elles. En chacun de nous, il y a ainsi à la fois de l’intelligence et de l’amour, parfois peu, parfois beaucoup...

— Mais, mamie, ce n’est pas juste !

— Que dirais-tu, ma Charlotte, d’un monde où il n’y aurait par exemple, qu’une sorte d’arbres, rien que des sapins ? Nous ne connaîtrions pas les chênes, les saules, les mélèzes, les érables et tous les autres. Et les fleurs ? Aimerais-tu ne voir dans les prés rien que des marguerites ? Jamais de boutons d’or, de narcisses ? Jamais de coquelicots dans les champs de blés ? Pas de violettes sur les talus, au bord des chemins ? Point de roses dans les jardins ? Comme ce serait monotone ! Vois-tu, pour les êtres humains, c’est pareil : la beauté est dans la différence. Ce qui compte, c’est que chacun sache utiliser ses dons du mieux qu’il peut. Mais écoute la suite de l’histoire...

Lorsque nous avons vécu notre vie, notre corps meurt, tu le sais, mais notre âme, elle, retourne près de la source. Elle suit enfin le chemin qui la mène jusqu’au lac, et pour la première fois, elle arrive devant le portail qui ouvre sur la vallée enchantée.
Quelquefois, les portes ne s’ouvrent pas tout de suite, car l’âme n’a pas su toujours répandre son intelligence et son amour sur la Terre, alors il lui faut attendre un peu avant de pouvoir aller jusqu’au lac.

Et puis il y a aussi des âmes qui devront attendre très longtemps avant de franchir le portail et de se rendre sur les rives du lac, celles qui ont mal utilisé l’intelligence que le ruisseau leur avait confiée, ou bien celles qui ont oublié qu’elles avaient de l’amour à donner.

Mais si l’âme a bien fait son travail sur la Terre, les portes s’ouvrent. Elle pénètre au cœur de ce paysage merveilleux, où poussent les plus belles fleurs, où vivent les animaux les plus doux, et elle peut enfin aller se désaltérer à l’eau magique du lac, l’eau de l’intelligence et l'eau de l’amour, autant qu’elle veut. Ici, jamais plus d'indifférence ou de haine, jamais plus de guerres, jamais plus d'ignorance non plus ! Elle vivra dans un bonheur éternel auprès de tous ceux qu’elle a aimés sur la Terre et qui l’ont précédée au Jardin de l'Univers. Et elle brillera de mille feux dans le ciel.
Alors un jour, quelque part dans la voûte étoilée, le soir, il y aura une étoile, qui clignotera rien que pour toi. Et elle te dira : je suis là, je te vois... et je t'aime.

Les larmes de la petite fille ont séché. Son sourire est revenu.

Et c'est le plus important.

1 Commentaire

  1. Avatar de
    Stan le 20 Octobre 2019 à 19:35

    Bonsoir. J'adore cette histoire, elle est vraiment bien écrite, et apprend à voir d'un autre œil la vie après la mort.
    Merci à l'auteur.

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